Après la guerre, face au manque de main-d'œuvre, une forte population issue du maghreb immigre en France.

Lumière sur les défis et enjeux auxquels elle a dû et continue de faire face aujourd'hui.

Foyer de travailleurs nord-africains à Firminy, Années 1950, de la collection : Association Génériques

Les vestiges de la décolonisation ainsi que les différentes politiques de reconstruction à l’échelle nationale couplés aux différents enjeux contemporains créent une nouvelle origine : « l’origine immigrée ». Cet article aura donc pour vocation d’apporter un regard nouveau sur cette origine à l’échelle française, son contexte historique ainsi que ce qu’elle induit et ses limites, tout en découlant sur l’émergence de cette identité commune et palliative : l’identité musulmane.


La France à partir des années vingt est l’une des principales terres « d’accueil » dans le monde, au début du siècle, l'immigration provient essentiellement des pays proches. La main d'œuvre est recrutée en Italie (900 000 Italiens au début des années 1930 : ils représentent le contingent le plus important). Les Polonais sont aussi très présents en particulier dans les mines du Nord de la France, une main d’oeuvre portugaise et espagnole (nombre d’entre eux fuient le régime franquiste) viendra s’ajouter au fur et à mesure.

C'est à partir de 1960 que les sources du recrutement se diversifient, les flux européens diminuent et sont remplacés par des personnes issues du Maghreb.

Dans la continuité de cet article, c'est de cette immigration maghrébine et de son rapport à la France sur laquelle je vais me pencher.

Comme vous l’aurez compris, l’héritage maghrébin et la forte communauté musulmane actuelle en France est majoritairement due à cette politique de reconstruction d’après-guerre, la main-d’œuvre française étant insuffisante en nombre et italiens et portugais se syndicalisant et posant donc problème pour les employeurs, on fait appel à une « main d’œuvre docile », Joël Dahoui recruteur pour l’O.M.I (Office marocain d’immigration) de 1962 à 1980 disait à propos « J’étais sélectionneur de main-d’œuvre, ce qu’on appelait des manœuvres, donc une main-d’œuvre brute. J’étais aussi psychologue, je savais en trois minutes d’entretien, si j’avais affaire à un brave gars ou à une peau de salaud. Nous avons recrutés trois cents travailleurs dans la province de Marrakech, deux cents cinquante dans la province de Fès etc. Nous préférions sélectionner en zone rurale, pas pour une question d’éducation, mais il y avait une plus grande maniabilité et disponibilité de la personne. Notre responsabilité était en jeu, parce que le recruteur doit vérifier si le produit, vous m’excuserez de l’expression je n’aime pas ce mot, est un produit de valeur pour la personne qui a sollicité ses services. Je dois dire que pour la main-d’œuvre marocaine il n’y a eu que très peu de déchets, moins de 2% de déchets sur tout ce que l’on a envoyé. » De plus les candidats au départ sont des hommes célibataires ou mariés qui acceptent de venir seuls. Le président du Conseil national du patronat français entre 1972 et 1981 François Ceyrac ajouta que « Nous ne recrutions bien entendu que des célibataires. Célibataires c’est-à-dire mariés ou pas mariés. » sous entendu un homme qui va agir comme un célibataire même s’il est marié. Outre le fait d’accepter la solitude, les migrants devaient être en excellente santé gage de leur productivité aux travaux les plus laborieux. Joël Dahoui insiste très clairement sur ce point « Il y avait des critères physiques, le type qui est recruté pour une usine chimique, il faut que du point de vue pulmonaire il n’y ait absolument rien, quand vous le passez à la machine. On ne voulait pas charger la France de frais avec quelqu’un qui n’était pas totalement sain. »


Ce qui ressort de ces entretiens pour le documentaire télévisé Mémoires d’Immigrés de Yamina Benguigui, est la déshumanisation totale du « personnel marocain » il est question de « produit » pour l’employeur, donc d’une masse, et de « déchet » si non rentabilité du produit, l’immigré doit être en quelques sortes totalement dévoué pour son travail, en faisant abstraction de sa santé et d’une vie familiale. C’est un rapport bestial qu’a le recruteur avec le recruté, triés sur le volet pour leurs caractères physiques et leur rentabilité, et ayant comme fonction d’être un « produit » qui doit satisfaire la demande.


Il faut aller à la racine de l’immigration pour comprendre le lien actuel qu’entretient la France avec ses descendants d’immigrés et vice-versa. Sans ce travail préambule, les différentes conflictualités de ces deux acteurs qui partagent le même territoire ne pourraient être solutionnés. L’histoire nous dépeint un rapport capitalisé qui avait pour unique but d’utiliser l’immigration pour l’effort d’après-guerre et la croissance économique du pays, c’était donc une immigration demandée et utile. Pour autant, si elle était demandée elle n’était pas acceptée, l’idée de départ était un retour au pays après le travail fourni, il n’était pas question de garder cette population étrangère. Le septennat de Valéry Giscard d’Estaing (1974-1981) marque un contrôle plus systématique des entrées sur le territoire et des séjours. Les retours volontaires dans les pays d’origine sont par ailleurs encouragés. En 1977, une prime de retour de 10 000 francs est accordée : « le million Stoléru » du nom du secrétaire d’État auprès du Ministre du travail. Cette prime et celles qui suivirent se soldèrent par des échecs car ce sont les immigrés européens, ceux posant le « moins de problème » au gouvernement qui décidèrent de s’en saisirent au contraire des immigrés maghrébins, les premiers visés pourtant par ces primes. Ils s’installèrent donc malgré la difficulté d’accès au logement, dans les « cités de transit. »



La Véritable histoire du Foyer de la Nouvelle France, 1995, de la collection : Association Génériques


De grands bidonvilles en plein air sans accès à l’eau potable et surveillés par la police et dans lesquels certaines familles restaient plus de vingt ans en attente d’une libération de logement, les populations immigrées étaient regroupés en périphéries des villes, dans les banlieues. Une ghettoïsation de certaines banlieues se développe dans les années 1980. Tout cela accentué par la crise post Trente Glorieuses.

C’est les prémices des débats sur l’intégration des enfants d’origine immigrée, Pierre Joxe, ancien ministre socialiste de l’Intérieur souligne les difficultés rencontrés chez ces jeunes « Il y a eu une période, dans les années 75-80, où les enfants de la deuxième génération avaient tout contre eux : le retournement de la situation économique, le chômage, la crise, et des forces réactionnaires dominantes sur la défensive, tendant à faire de l’étranger, de l’immigré, un bouc émissaire. Dans les années 80, il y avait des jeunes d’origine immigrés qui étaient français mais qui ne pouvaient le prouver à cause de la bureaucratie française ou algérienne. On les traitait d’immigrés, de clandestins. » En 1989, l’affaire du foulard islamique à l’école accentue le fossé entre les Maghrébins et une société qui les perçoit déjà comme des citoyens douteux. De nos jours, nous retrouvons encore les mêmes mécaniques dans la politique venant de la droite comme de la gauche, pourtant installés depuis plusieurs décennies, les descendants d’immigrés posent encore problème de par leurs origines culturelles et religieuses. La France est à l’opposé du multiculturalisme, puisqu’elle ne prend pas en compte l'individualité culturelle de chacun mais vise plûtot une politique d’essentialisation, visant à en faire des citoyens au prix d’un arrachement aux communautés d’appartenance. Kenan Malik académicien spécialiste de la question la caractérise même d’assimilationniste, cela explique en grande partie ce fossé entre sa population d’origine immigrée et sa politique. En voulant soustraire toutes singularités sous couvert d’une identité française défensive elle ne fait qu’accentuer cette crise qu’elle masque avec des problèmes inventés, qui seront détaillés par la suite. Ces crises identitaires qu’ont rencontrés et que continuent à rencontrer les descendants d’immigrés aboutissent souvent à des moyens palliatives ; certains n’ayant pu trouver un équilibre social et psychologique, victimes de l’échec scolaire, sont happés par le chômage, cette inactivité les entraîne inexorablement vers la délinquance, la drogue. D’autres encore trouve dans l’islam les réponses aux questions que ni leurs parents, ni la société ne résolvent. En quête d’identité et de reconnaissance, se définissent avant tout comme musulmans. Si l’islam est devenue pour certain un tremplin identitaire, d’autres facteurs jouent aussi un rôle crucial dans cette construction unique, l’islam est devenu une métonymie médiatique pour l’immigration en France. Il est devenu un terme populaire pour penser les migrations et la religion une catégorie d’analyse politique. Cette dernière s’étend pour devenir le symbole d’un nouveau défi lancé à la société française. Ainsi nous pouvons affirmer que des termes tels que « communautarisme » soulèvent de faux débats, car les facteurs historiques et sociaux expliquent bien souvent ce repli sur soi dans une société sous représentative qui se veut toujours plus excluant à l’égard des musulmans en son sein.

L’immigré maghrébin est devenu le musulman problématique.


Enfin, j’aimerais donner la parole aux tous premiers enfants d’immigrés de France qui soulevaient déjà les problèmes que nous continuons à vivre plusieurs décennies plus tard, avec cet extrait du merveilleux travail documentaire de Yamina Benguigui.




À l'occasion de la deuxième édition du concept store Modest Fashion Store qui se tiendra ce samedi 9 avril à Paris. L'équipe de Sahouti est partie à la rencontre des deux fondatrices d'Ordestie, première e-boutique multimarque Modest Fashion en France et en Europe.


Est ce que vous pourriez nous en dire un peu plus sur vous, et sur Ordestie ?

Maud : J'ai 33 ans et suis maman de deux jeunes enfants. Après une carrière dans l'événementiel en tant que Directrice de salons dédiés aux nouvelles technologies, j'ai décidé d'entamer un virage en me lançant dans l'entrepreneuriat.

Soukaina : Diplomée du Centre National des Arts et métiers, après avoir eu la double compétence en Finance et en Stratégie d'Innovation, je me suis spécialisée dans le conseil en stratégie d'innovation auprès de plusieurs entreprises et startup. A 31 ans, je dispose de plusieurs casquettes: celle de maman de deux enfants, d'entrepreneuse et de consultante.


Notre rencontre est des plus atypiques puisque nous nous sommes associées sans même s'être rencontrées physiquement ! Tout part d'une idée commune à 400kms de distance. Soukaïna rencontre notre futur coach startup, Antoine Tétart, et lui parle Modest Fashion, quelques jours plus tard c'est Maud qui expose son projet de site dédié à la Modest Fashion à Antoine. Il fait le lien de suite, nous prenons contact par téléphone quelques jours avant le premier confinement. Contraintes par le contexte sanitaire de ne pouvoir nous rencontrer, nous décidons de mettre en place notre projet commun à distance : réunions sur skype, brainstormings dans le metaverse, appels très tôt le matin : quelques semaines plus tard ORDESTIE est née. L'objectif est clair : faciliter l'expérience shopping mode de milliers de femmes en rassemblant sur un même site des vêtements répondant aux critères de couvrance de la Modest Fashion : pas de transparence, pas de décolleté, des coupes amples et fluides le tout dans un esprit moderne et occidental ! Un an et demi plus tard ORDESTIE c'est : une marketplace réunissant une trentaine de marques, un média mode, beauté et lifestyle, des boutiques éphémères sur Paris en plein coeur du marais. La prochaine ouverture se tiendra le 09 Avril au 116 rue de Turenne pour une édition spéciale Ramadan.


D'où vient ce choix de donner plus de visibilité aux autres actrices du secteur ?

Nous avions l'une et l'autre le sentiment de ne pas nous sentir représentées dans le secteur de la mode. D'un point de vue consommatrices, il nous a toujours été compliqué de trouver des tenues qui correspondent à nos attentes. Du côté des créatrices que nous rencontrions, nous trouvions qu'elles étaient trop peu visibles face aux mastodontes qui dominent l'industrie de la mode et qui pourtant méritent d'être connues pour la qualité de leur travail et les valeurs qu'elles promeuvent pour une mode plus éthique. Côté campagnes publicitaires, les égéries de la Modest Fashion se sont retrouvées instrumentalisées, on se souvient encore de Halima Aden qui s'est vue coiffée d'un jean en guise de foulard - ce qui ne correspondait aucunement à ses valeurs en termes de couvrance. Que se soit sur le devant de la scène mais aussi en coulisses la représentativité de la diversité est encore trop faible.

En août 2021 une étude britannique faisait ressortir que pour 75% des personnes interrogées la mode ne représente pas un éventail assez large de morphologie, d'âge et de diversité ethnique et religieuse. Tandis que 87% ont exprimé ne pas se sentir représentées dans les campagnes publicitaires et sur les podiums. L'objectif d'ORDESTIE est donc de visibiliser ces femmes trop peu mises sur le devant de la scène voir maladroitement lorsque les marques s'y intéressent pour des intérêts commerciaux. L'inclusion est notre leitmotiv dans l'ensemble de nos actions car c'est un sujet qui nous anime et c'est l'objectif que nous nous sommes données pour la réussite d'ORDESTIE.


On a cru comprendre que chez Ordestie, l'éthique a une place toute particulière ? Est ce que pour vous la modest fashion se doit d'être liée à l'éthique ?

C'est indéniable ! Bien que la modestie soit propre à chacune, il n'est pas possible à notre sens de dissocier la définition visuelle de ce terme de sa définition morale. La modestie passe aussi par le comportement. Adopter une consommation modeste, c'est faire des achats réfléchis. Il est important pour nous de soutenir une consommation plus responsable. Les dégâts de la fast fashion ne sont plus un mystère à présent : vêtements jetables, conditions humaines déplorables, pollution, etc. La qualité du vêtement et l'éthique dans sa confection sont des critères importants pour nous afin de promouvoir une Modest Fashion durable et de qualité. C'est aussi l'état d'esprit des marques avec lesquelles nous travaillons qui arrivent à proposer des pièces modernes, intemporelles et qui ont une très longue durée de vie.




La diversité est au coeur de votre communication, notamment via vos différents médias, est ce que pour vous c'est quelque chose d'important ?

Totalement ! c'est l'essence même d'ORDESTIE. Nous déplorons trop souvent cette image communautariste qui peut être véhiculée autour de la Modest Fashion en France. Ce n'est pas du tout le cas en Europe du Nord par exemple. La Modest Fashion est un mouvement universel dans lequel de nombreuses femmes se reconnaissent que ce soit pour des questions de pudeur motivées par une religion (et par religion nous entendons notamment musulmane, chrétienne, juive, etc. et non une religion particulière) ou pour des questions de confort, de revendication. De nombreuses femmes ne se retrouvent plus dans les coupes d'aujourd'hui qui favorisent une hypersexualisation du corps de la femme et se tournent vers la Modest Fashion. Pour cette première raison, il nous est important de montrer cette diversité afin de s'adresser à TOUTES les femmes. La seconde raison est cette ambition de promouvoir une mode inclusive. Le pouvoir de l'image est énorme, plus les femmes se sentiront représentées, plus cela favorisera leur émancipation.


On entend souvent dire que l'industrie du textile, mais encore plus l'industrie de la modest fashion est saturée, qu'est ce que vous en pensez ?

L'industrie du textile stagne depuis plusieurs années, ce qui n'est pas le cas de la Modest Fashion qui a enregistré une croissance de 11% entre 2018 et 2020. Avec la mode unisexe se sont les deux grands mouvements qui sont investis en masse par les géants du milieu. La tendance est au large et le hijab (qui répond à une partie des consommatrices Modest. Fashion) est de plus en plus habitué aux clins d'œil sur les podiums. Max Mara, Dior, Louis Vuitton, etc. toutes les grandes maisons proposent désormais des looks modest fashion dans leurs nouvelles collections.

Côté fast fashion, les marques les plus connues ont également investi le marché. La période ramadanesque dans laquelle nous entrons le prouve d'ailleurs. Là où nous invitons les consommatrices à être raisonnables est sur le choix des marques auprès desquelles elles investissent. Plus les consommatrices se tourneront vers des créatrices de la communauté Modest Fashion, plus le mouvement pourra prendre de l'ampleur et de l'importance dans une économie intelligente qui soutient des femmes issues du mouvement et qui partagent ces valeurs.


D'un point de vue plus personnel, qu'est ce que la modest fashion représente pour vous ?

Maud : à mon sens la Modest Fashion offre de nombreuses libertés. C'est un mouvement qui s'adresse à toutes sans exception. Que l'on recherche ou non des looks modestes, on y trouve toujours une tenue qui nous correspond. C'est une nouvelle façon de se réaproprier son corps. La modest fashion montre que l'on peut être belle et élégante sans avoir besoin de jouer sur ses formes.

Soukaïna : La Modest Fashion, c’est la liberté d'être soi, elle donne le pouvoir de s’habiller pour soi-même en se libérant du regard de l'autre. C'est une manière d’exprimer sa féminité autrement, et ceci au travers des lignes de vêtements n'accentuant pas les traits du corps mais la silhouette, la rendant ainsi élégante et féminine.

Vous organisez un évènement le 9 avril 2022, est ce que vous pouvez nous en dire plus ?

Le 09 Avril prochain aura lieu la seconde édition de notre concept store dédié au shopping modest fashion. Sur 850m2 en plein cœur de Paris dans le Marais, une cinquantaine de marques seront regroupées afin de faciliter le shopping des personnes qui feront le déplacement : nouvelles collections en exclusivité, vêtements éthiques, qui répondent aux critères de couvrance de la Modest Fashion... Tout a été pensé pour que l'on ait plus de questions à se poser lors de nos achats et se laisser simplement aller au coup de cœur. Un défilé sera également organisé afin de mettre en avant les vêtements portés.

Enfin, cette édition sera particulière car en plein ramadan. Dans un esprit fédérateur nous organiserons un Iftar accueillant des personnalités publiques telles que Sara El Attar ou encore Hapsatou Sy. Ce repas aura pour but de favoriser les échanges autour du sujet Spiritualité et Vie de Femme. Plus que de simples interventions, la parole sera donnée à toutes. Une action que nous avions initiée lors de notre premier événement et qui avait eu un franc succès.


Vous pensez qu'il est important de créer ce genre de moments de sororité ?

Oui tout à fait et c'est surtout les retours et le succès de la première édition qui nous le font penser. Nous avions alors accueilli 24 marques (pour 10 attendues) et environ 1000 personnes. En avril c'est plus du double qui est attendu côté marques et trois fois plus côté visiteu.se.r.s

Il y a une très forte demande d'événements fédérateurs en France autour de la Modest Fashion, certainement dû au manque de représentativité, les femmes participantes aiment pouvoir essayer les vêtements (très souvent vendus en ligne), se retrouver, échanger, etc. Ce sont des choses simples qui sont devenues rares depuis la pandémie.

De plus, Ordestie se positionne comme étant une plateforme qui accompagne les créatrices entrepreneuses dans leurs parcours de création, par le biais de l'Iftar Networking nous permettons à chacune de venir s'inspirer, échanger sur son projet, sur les différentes contraintes et obstacles auxquelles peuvent faire face, car comme on le sait toute le chemin de l'aventure entrepreneuriale est parsemé de haut et de bas. Ces moments d'échanges sont de vraies opportunités pour se faire entourer, faire du réseau et surtout se soutenir les unes et les autres pour plus de sororité.



Informations pratiques (billetterie) :

  • Entrée dans la boutique gratuite sur inscription

  • Accès VIP au défilé : 24€

  • Iftar : 70€



Dans une société où les droits des femmes sont sans cesse remis en question, depuis 3 ans, la fondatrice du compte @lamernwar, Heiba s’est donnée pour mission de réveiller celles qui seraient tentées d’accepter ces injustices mais aussi de combattre les hommes qui les propagent. Parmi les sujets dont elle se saisit : l’utilisation falsifiée de l’islam à des fins misogynes, la spoliation des droits des femmes, la promotion du mariage à tout prix.

En plus de son compte Instagram suivi par plus de 26k followers, elle sort ce dimanche son e-book “Guide de survie dans une société de bénévoles”. Rencontre avec une femme bien déterminée à se faire entendre.



Cela fait 3 ans maintenant que tu “milites” pour les droits des femmes, le féminisme, contre le patriarcat et l’hypocrisie masculine. Est-ce que cet engagement a toujours été ancré en toi ?

Aussi loin que je me souvienne, les idées que j’ai aujourd’hui je les ai toujours eues, pour moi il y avait trop d’incohérences entre ce que j’estimais être normal et la réalité. Ce n’était même pas une volonté de défendre les femmes mais juste mes idées.

Il y a 10 ans quand je m’exprimais sur les droits des femmes, je passais pour une folle furieuse, on me disait “non mais tu verras quand tu seras amoureuse”, je regardais les gens ébahie. Pour moi il y avait une vraie différence entre être amoureuse et débile. Alors maintenant, en me renseignant et en lisant, je suis arrivée à deux conclusions : la première c’est que les hommes détestent les femmes et la seconde c’est qu’il y a une “conspiration” des hommes pour maintenir le statu quo oppressif dans lequel on vit aujourd’hui.


Mais quel est l’élément déclencheur finalement ? Certaines grandissent dans des contextes relativement misogynes mais arrivent à sortir de ce conditionnement. Est-ce que pour toi c’est une question de caractère ?

Je sais que nous, en Afrique, et surtout les africains musulmans, on est conditionnés à être des bénévoles. Ta vie gravite autour d’un homme, le but de ta vie c’est qu’un homme te donne de l’attention et peu importent les conditions dans lesquelles tu vas vivre il te faut juste un homme. Indépendamment de ce qu’il t’apporte ou pas.

Mais en grandissant, soit tu décides de sortir de ce conditionnement parce que tu as des yeux, des oreilles et un esprit critique et tu constates que tes tantes sont en mauvaise santé, ta grand-mère est en mauvaise santé et plus simplement que les hommes ne considèrent pas les femmes, qu’ils en ont juste besoin pour le sexe. Parfois, il y a plus de rahma (miséricorde en arabe) pour un inconnu dans la rue que des maris envers leur épouse. Pour moi les torts sont partagés, on est conditionnées certes mais quand on grandit il faut aller au-delà et sortir de ce conditionnement.


Tu dis souvent dans tes stories que tu refuses de te marier. Or, on sait que dans nos communautés, la pression du mariage est très présente. Comment tu gères ça ?

Il y a cette fameuse expression quand tu vas à un mariage où les gens te disent “l3okba lik” ce qui signifie que “tu seras la prochaine”, et ça m’a toujours mis hors de moi. Personnellement, mes parents ne m’ont jamais pris la tête avec le mariage et quand des voisins croisent ma mère et qu’ils lui disent que ce sera bientôt mon tour, elle répond systématiquement que “la deuxième ne veut pas se marier elle veut se marier avec un riche”.

La pression du mariage ne vient pas de ma famille mais de l’extérieur. Récemment j’étais au bled et la femme de mon cousin qui est le prototype de la “bénévole” : 4 enfants, elle travaille, ils font 50/50 pour tout m’a dit “mais tu as 25 ans, tu ne veux pas fonder une famille ?”. J’ai failli vomir.

Personnellement ça ne m’intéresse pas d’avoir des enfants mais je conçois qu’on puisse en vouloir et/ou se marier mais pas à n’importe quel prix. C’est à cause de cette mentalité que les hommes estiment rendre service aux femmes en se mariant avec elles et donc qu’ils n’ont rien à poser sur la table.

Il y a deux ans une de mes cousines s’est mariée et elle m’a dit “le mariage c’est de la merde mais c’est comme ça”. Je ne suis absolument pas d’accord, le mariage c’est la meilleure institution qui soit donc il faut arrêter d’insulter une institution que Dieu a créé. Ce n’est pas de la merde c’est vous qui en avez fait de la merde.

Quand on insiste sur le fait que “le mariage soit la moitié de la foi” qu’est-ce que tu fais du reste finalement ? Tu ne fais pas la prière, tu n’as jamais payé ta zakât, ta relation a duré 6 ans hors mariage mais tu veux te marier à tout prix parce que c’est la moitié de la foi, c’est normal ça ?

Le fait qu’on fasse croire aux femmes que la norme c’est être marié et que sans mariage tu n’es pas chanceuse ce n’est pas normal. Le mariage c’est une partie de ta vie, toute ta vie ne peut pas graviter autour de ça. Ta vie doit graviter autour de toi même et pas autour d'un autre être humain qui prend ses propres décisions et a sa propre vie.


Dans notre communauté le terme “égareur” est souvent utilisé pour décrire une personne qui éloignerait les musulmans de la “voie droite” de l’islam, et il a même été utilisé contre toi. Qu’est-ce que tu réponds à ça ?

Déjà c’est vrai qu’il y a une certaine “Team S” en France qui considère tout le monde comme égaré sauf eux-mêmes.

Moi je leur réponds que les inscriptions au niveau 1 du Docteur Najah étaient saturées et que beaucoup de filles m’ont remercié en me disant que c’était grâce à moi. On dit souvent qu’on n’a pas de représentants qui sachent s’exprimer et je pense juste que les personnes les plus intelligentes et équilibrées sont celles que l’on entend le moins. Certaines femmes se sont éloignées de l’islam parce qu’elles ne s’y sentaient pas représentées et que ce n’était pas une religion pour elle. Mais, en rencontrant le Docteur Najah elles ont renoué avec l’islam et ce n’est sûrement pas grâce aux Abou Taktak de Twitter.

Moi je ne suis pas un érudit, je pense juste qu’il faut mettre les éléments les uns à côté des autres et faire parler leur cohérence. Si on s’interroge sur qui écouter et qui suivre je pense qu’il faut prendre notre premier exemple en religion : le Prophète Muhammad (saws), lire une de ses biographies et identifier un peu comment il était. Du coup, si une personne va à contre sens de son caractère c’est que ce qu’il dit est incohérent : est-ce que le gars qui est en face de toi parle de Gallia et Guigoz ou est-ce qu'il est cohérent ?


Beaucoup de femmes estiment qu’il est nécessaire de défendre nos droits mais dans le même temps refusent de se définir comme féministe. Est-ce que toi tu te considères comme tel et quelle est ta définition du féminisme ?

Je ne me considère pas comme étant féministe dans le sens des white fem, c’est à dire sortir de chez soi pour montrer ses seins.

Au sens social du terme c’est que chaque femme soit libre de vivre sa vie comme elle l’entend et au sens religieux c’est tout simplement : “rendez-nous ce que Dieu nous a donné”. On demande juste ça, pas que l’on nous lèche les pieds tous les jours. À mon sens, l’islam est féministe.

À l’époque de la jahiliya (période précédant la révélation du message islamique au Prophète Muhammad (saws)), on enterrait les petites filles, on abusait des esclaves. Quand l’islam arrive, c’est aussi pour sauver les femmes et aujourd’hui on est en train de quémander des choses qui nous ont été accordées il y a 1400 ans.


Au sein des milieux féministes, on a souvent tendance à dire que si les hommes sont en désaccord avec toi ou essaient de te décrédibiliser c’est que tu es sur la bonne voie. C’est une réalité pour toi ?

C’est 101 % réel. Notamment à cause de ce fameux statu quo : les hommes vivent dans un confort absolu au détriment de celui des femmes et même au détriment des droits fondamentaux des femmes. Donc eux, la situation les arrange, mais le fait qu’on commence à se réveiller ça ne leur va pas ; parce que si on ne veut plus faire comme leurs mères ils n’auront plus le confort dans lequel leurs grand-pères, oncles, etc. ont vécu.

Donc oui, c’est une réalité, moi dès que j’ouvre la bouche je me fais lyncher, ils veulent nous faire taire à tout prix. Pour preuve le compte de Charlotte* a été désactivé récemment à force de se faire signaler ; les akhi n’ont pas beaucoup d’énergie pour mettre bien leurs femmes mais quand il s’agit d’aller embêter des petit.e.s de 20-25 ans sur Internet, ils ont tout le temps du monde.


On a souvent vu des screen de tes Insta stories sur Twitter et les réactions pouvaient être très violentes. Comment réagis- tu réagis face à ce cyber-harcèlement ? Comment tu te protèges ?

À titre personnel je n’estime pas avoir été victime de cyber-harcèlement au sens propre du terme. Alors que Imane* par exemple, quand elle est passée à la TV elle s’est fait lynchée, notamment par des gens de notre communauté. Elle oui, je considère que c’est du cyber-harcèlement mais moi les tweets que je lis me font rigoler. Les gens qui me critiquent sont systématiquement des cassos. Dans la rue, ce sont des gens qui n’oseraient même pas me parler, pas parce que je suis @lamernwar mais juste en tant qu'humain. En toute humilité, ce que j’ai déjà pu voir sur moi c’était insultant pour mon niveau, donc ça ne m’intéresse même pas d’argumenter avec ces gens.


La parole se libère au sein de nos communautés mais aussi à l'extérieur sur les violences sexuelles, le féminisme etc. On peut dire que c’est trendy. Est-ce que tu penses que le fait que n’importe qui s’empare de ces sujets peut mal tourner ?

Oui, complètement c’est beaucoup plus trendy. Récemment on a pu voir par exemple une interview sur les dynamiques financières au sein du couple et ça m’a agacé que tout le monde m’envoie la vidéo parce que je n’ai pas besoin qu’une femme blanche vienne m’expliquer quelque chose sur lequel l’islam a statué il y a 1400 ans. Beaucoup de femmes veulent surfer sur la vague comme elles peuvent, notamment parce que certaines y voient quelque chose de rentable alors que leur intention derrière n’est pas bonne. Dernièrement une grosse Instagrameuse parlait des dotes à 1 euro qui selon elle n’était pas normales mais dans le même temps elle critiquait les femmes qui demandent des dotes à 20k euros. L’idée c’est quoi ? Que chaque femme avant de fixer sa dote vienne lui demander conseil ?

Moi, mon avis sur la question est souvent mal interprété. Je pense que chaque femme doit demander ce qu’elle veut. Si certaines veulent 1 euro, de la pâte à modeler ou encore un coloriage c’est leur choix mais ce type de choix a forcément des conséquences. Et celles que je vois faire des cagnottes après avoir demandé ce type de dotes, moi je ne donne pas.


Ton e-book sort très bientôt. Quel message souhaites-tu faire passer ?

En réalité il n’y a pas de message particulier parce que ça fait longtemps que je dis toutes ces choses-là sur Instagram. L’objectif c’est juste de retranscrire sur papier 3 ans de story Instagram et de manière ordonnée. Sur Instagram je sais ce qui va faire des clics, et contrairement à mes stories, mon propos dans le e e-book est équilibré. En toute humilité c’est mon intellect que j’ai mis sur papier.


Selon toi, comment nous, femmes musulmanes, allons réussir à nous ré-approprier nos droits ?

Alors… l’option A serait que les hommes fassent un virage à 180 degrés, mais pour moi c’est une utopie, je n’y crois pas du tout. Il y a des hommes qui craignent assez leur Seigneur pour respecter nos droits mais ce n’est pas la majorité et ils ne seront pas suffisants pour faire pencher la balance. Le féminisme ce n’est pas seulement entre nous et nous même mais en même temps ce serait utopique de penser que l’option A est réalisable. Les hommes ne remettront jamais en cause le statu quo qui leur permet de vivre de la meilleure des manières. Les femmes ne sont pas seules responsables du changement mais je n’attends rien des XY.

Ensuite, l’option B c’est la contre soirée : que les femmes viennent d’Amérique Latine, d’Asie, d’Australie, on dépeint toutes les mêmes situations. Donc pourquoi nous on ne s’organise pas de notre côté ? Pourquoi on ne crée pas une contre soirée ?

Puis, je pense vraiment que le savoir est une arme, on doit apprendre nos droits et faire en sorte d’avoir les connaissances nécessaires pour réagir face aux injustices.




Entretien retranscrit et réalisé par Djenaba & Victoria.



Charlotte : @ch_arlo.tte2

Imane : @grimpe.fr



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