À quand une meilleure représentation des femmes musulmanes dans les séries ?


Dans une société occidentale où la représentation de la femme musulmane est rare, la moindre représentation est scrutée à la loupe. A travers cet article, je passe en revue, les caractéristiques de la représentation dans les séries et films occidentaux de la femme musulmane.

Selon Mediapart, l’Europe comptabilisait en 2016 4,9% de musulmans, soit plus de 25 millions de personnes. Représentant une partie conséquente de la population européenne, on pourrait donc considérer qu’il est le devoir des productions européennes de présenter un panel représentatif de leur audimat. Or, on dénombre malheureusement très peu de représentations de personnages de confession musulmane et encore moins de personnages féminins.


Avec l’apparition des sites de streaming, tels que Netflix, PrimeVideo ou encore Disney +, les séries qui y sont diffusées provoquent un véritable engouement et surtout une diffusion beaucoup plus large qu’un programme diffusé sur une chaîne nationale ou régionale.


Et là, pour la première fois elle est enfin considérée, car elle a adopté les codes de la féminité semblable à celle de ses camarades et de son environnement.

En 2019, Netflix diffuse la première saison d’Elite, série espagnole où évolue un groupe d’adolescents au sein de leur lycée Las Encinas. Parmi ces lycéens, il y a Nadia, une jeune fille portant le hijab. Au cours des épisodes elle apparaîtra comme un exemple type de la représentation unique de la féminité au sein de la société occidentale, décrédibilisant ainsi le port du voile.

En effet, dès son premier jour à Las Encinas, la principale de l'établissement lui somme d'enlever son hijab et si elle refuse elle risque l'expulsion. Sans son voile, Nadia fait face aux préjugés et aux commentaires des autres étudiants. La série met en scène un personnage forcé à renoncer à ses convictions, pour rentrer dans le moule de la norme sociétale environnante. Par la suite, lors de la saison 2, Nadia finit par enlever son voile sous les conseils de son amie Rebecca, ce qui donne lieu à cette scène où elle arrive les cheveux à l’air libre avec un top transparent dans une boîte de nuit. Et là, pour la première fois elle est enfin considérée, car elle a adopté les codes de la féminité semblable à celle de ses camarades et de son environnement. Elle n’est donc considérée comme légitime que lorsqu’elle enlève son hijab et qu’elle ressemble aux autres jeunes filles de son âge.


À tout cela s'ajoute la propagation de l’idée reçue selon laquelle les hommes de la famille - et notamment - le père, exercent un contrôle oppressant sur les femmes de confession musulmane. Or, le port du voile est un cheminement spirituel, propre à chaque femme et indépendant d’une pression quelconque exercée à son égard. Dans la série, le père de Nadia contrôle tous ses faits et gestes : le port de son voile, son comportement, ses fréquentations, etc. Cela renvoie aussi à la conception (réelle ou fantasmée) de la mentalité des familles musulmanes où il ne faut pas faire de vagues afin de ne pas ternir l’honneur ni la réputation de la famille.

Ainsi, l’image de la femme musulmane représentée par le personnage de Nadia est réduite à une féminité qui rentre dans la norme et donc qui se calque sur la féminité occidentale.


Paradoxalement, si on traverse l’Atlantique, on peut trouver une représentation plus variée de femmes musulmanes : voilées, non voilées, afro-américaines, indiennes, etc.

Je pense notamment à l’épisode 18 de la saison 13 de Grey’s Anatomy, dirigée par Ellen Pompeo et qui a tenu à mettre un point d’honneur à la diversité. En ce sens, l'une des chirurgiennes intervenant au sein de l'hôpital est une femme voilée. Cet épisode a été vivement apprécié par les spectateurs.



La série Orange Is The New Black, lors de la saison 4, mets aussi en scène Alison Abdullah, une femme voilée afro-américaine qui met en avant sa religion et ne se laisse pas faire par les autres détenues sans renoncer à ses convictions. Notamment lorsque l'une de ses codétenues associe son identité religieuse aux attentats de septembre 2001, illustrant là une islamophobie encore bien présente.

Du côté de femmes non voilées, bien qu'elles soient encore plus rares que les représentations de femmes voilées, on peut citer Nima, l'une des sœurs jumelles du duo d'agents secrets dans la série américaine Quantico. Et, plus récemment, on peut penser à la série britannique (comme quoi pas besoin de traverser l’Atlantique, pour obtenir une représentation correcte) We Are Lady Parts qui relate la vie d’un groupe de punk composé de femme musulmanes.


Cependant, les efforts restent toujours insuffisants car la représentation reste erronée par rapport à la réalité de ces populations

Cependant, les efforts restent toujours insuffisants car la représentation reste erronée par rapport à la réalité de ces populations. Il existe aussi malheureusement de nombreux personnages mal joués, je pense à l’extrait de 911 où la femme qui incarne un pompier dans la série ne prie pas correctement, témoignant de recherches peu approfondies de la part des scénaristes.



Fort heureusement les mœurs changent et l’industrie des films et des séries surfe sur la vague de la diversité et de l’inclusion, donnant ainsi l’espoir d’une représentation davantage fidèle à la pluralité de la femme musulmane et moins dans le cliché de cette dernière véhiculé ces dernières décennies.


Au delà de cela, on constate un vrai besoin pour les femmes musulmanes d’être représentées au delà de leur identité de croyantes. Les impacts de la représentation sont colossaux, sur les jeunes filles notamment, pour qui il est compliqué de s’identifier à un personnage avec lequel elles ne possèdent rien en commun, ou dont l’image est erronée. Et comme l’a très bien dit Faïza Guène dans son dernier livre La Discrétion : “Yamina sent que, aujourd’hui, on ne peut plus tellement dire qui on est. Qui on est est devenu trop risqué”.




Pour contacter l'auteure : @saraahh.91

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